CHINE: Le soi-disant « massacre » de Tiananmen n’a jamais existé meme WikiLeaks le déclare en 2011. Explication par Ludo Martens.


Aujourd ‘hui, 23 /12/2021 le monument aux mensonges est retiré de Hong Kong.

https://apnews.com/article/arts-and-entertainment-beijing-hong-kong-national-security-8f6a67e2b4b6b1a73b7ca7c5a583026d

C’est un mensonge fabriqué par l’Occident à des fins de propagande. Les incidents se sont produits à la périphérie de la place et des manifestants et plusieurs soldats de l’APL ont été tués.

Même Wikileaks, en 2011, a déclaré qu’il n’y avait pas eu de massacre à Tiananmen. Cependant, le canular existe depuis 1989. D’autres témoins, comme le journaliste Graham Earnshaw ou le diplomate Gregory Clark ont ​​nié tout événement répressif à Tiananmen. https://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/wikileaks/8555142/Wikileaks-no-bloodshed-inside-Tiananmen-Square-cables-claim.html

Ci-dessous une intéressante analyse de Ludo Martens sur les conditions dans lesquelles s’est déroulée la tentative avortée de contre-révolution place Tien An Men, il y a 20 ans :

Tien An Men 1989 : de la dérive révisionniste à l’émeute contre-révolutionnaire


Six mois avant Timisoara, il y a eu Tien An Men. Les médias du monde «libre» qui ont dévoilé leur physionomie macabre lors de la mise en scène du «charnier des 4.630 cadavres horriblement mutilés» à Timisoara, avaient déjà fait la démonstration de leur rôle politique essentiel, au service de la contre-révolution, lors des événements de la place Tien An Men, en mai et juin 1989. La nuit de l’intervention de l’Armée rouge, la TV nous a montré des images de chars chinois écrasant des centaines d’étudiants paisibles sur la place Tien An Men. Le 5 juin, Amnesty International, habile machine à mensonges lorsqu’il s’agit de combattre des pays socialistes et nationalistes, a fait état de 1.300 morts au moins, certains étudiants ayant été écrasés par des tankistes sanguinaires, alors qu’ils dormaient paisiblement dans leurs tentes.
Le dimanche 5 juin, un ouvrier communiste d’une grande usine de l’automobile avait enregistré les images du JT en vidéo. «Cette nuit, j’ai repassé ces images au moins vingt fois. J’étais arrivé à la conclusion que les commentaires des journalistes étaient mensongers et qu’on n ‘avait vu, sur ces images, aucune personne écrasée par les chars.» Plus tard, Amnesty International reconnaîtra «s’être trompé». Mais combien de gens, traumatisés par la vérité sur le communisme chinois «qui écrase impitoyablement ses étudiants pacifistes sous les chenilles de ses chars», vérité transmise par ces courageux défenseurs des droits de l’homme d’Amnesty, ont pris connaissance de ce démenti?
Un an après les événements de Tien An Men, nous disposons d’assez d’informations fiables pour en faire une analyse de classe objective. Mais pour comprendre les intérêts politiques et économiques, défendus par le «mouvement démocratique» d’avril-juin 1989 à Beijing, il faut d’abord prendre connaissance de trois phénomènes négatifs qui se sont développés en Chine entre 1979 et cette année prédestinée de 1989.

La montée du capitalisme et du révisionnisme en Chine
Economie: le retour des patrons

Parlons d’abord du domaine économique. Les dix années de réformes de Deng Xiaoping ont apporté un progrès matériel indéniable. Mais elles ont aussi élargi l’influence du capitalisme et de l’impérialisme en Chine, elles ont renforcé la base économique de nouvelles classes sociales aspirant à une contre-révolution. La libéralisation et le déchaînement des forces du marché ont propulsé des forces économiques opposées au socialisme qui, tôt ou tard, devaient s’élancer dans une lutte pour le pouvoir. C’est ce qu’elles ont fait lors du soi-disant «mouvement pour la démocratie» sur la place Tien An Men.

L’entrée de l’impérialisme

D’après Beijing Information, la Chine avait signé, à la fin de 1988, 16.325 accords d’importation de capitaux étrangers pour un montant total de 79,2 milliards de dollars. De ce montant, elle a déjà reçu des prêts pour une somme de 33 milliards et des investissements directs pour 11,5 milliards de dollars. Les plus grands investisseurs étrangers sont Hong-Kong avec 8 milliards de dollars, le Japon avec 2 milliards et les Etats-Unis avec 1,7 milliard (1).
Avec les investissements étrangers, les conceptions économiques du monde impérialiste ont pénétré la Chine. Ainsi, le 12 septembre 1988, Zhao Zhiyang a accueilli Milton Friedman et il a loué ses idées économiques. Lee Iaccoca, le président de Chrysler, a donné des conférences sur l’esprit d’entreprise, au palais de l’Assemblée du Peuple (2). D’après l’Agence Chine nouvelle, la Commission des réformes du système économique a déclaré, fin 1988: «Dans le cadre de la réforme économique de la Chine, il n’existe rien qui ne soit ouvert à la participation étrangère, pas même l’étude de la transformation du système économique». Au cours de la même année, la Commission a écouté les conseils de 1.500 spécialistes étrangers et elle en a conclu qu’elle pouvait «beaucoup apprendre du développement économique de l’Occident». Elle avait notamment invité en Chine des spécialistes occidentaux dans le domaine des finances, de la gestion des entreprises, de la formation des prix, de la politique des investissements et du contrôle de l’inflation. Leurs opinions «ont apporté une contribution positive aussi bien pratique que théorique à la réforme économique» (3).

L’influence idéologique de l’Occident

Ces dix dernières années, plusieurs dizaines de milliers d’étudiants chinois ont fait des études aux Etats-Unis. Le Parti communiste chinois a propagé le culte des réalisations technologiques des Etats-Unis et de la société de consommation américaine. Les conséquences néfastes ne se sont pas fait attendre.
Des centaines de milliers d’intellectuels ont commencé à écouter les radios impérialistes, la Voix de l’Amérique et la BBC.
Un journal proche du gouvernement américain a écrit, à propos des manifestations de Beijing: «Des participants au mouvement étudiant communiquaient avec leurs collèges d’Amérique du Nord et d’Europe par téléphone, par téléfax et par courrier électronique sur réseaux informatiques. Le nombre des appels téléphoniques entre les Etats-Unis et la Chine a triplé au cours du mois de mai» (4).

Shaomin Li, ancien garde rouge et ancien étudiant de Beijing, docteur de l’université de Princeton aux Etats-Unis, travaille maintenant pour AT&T. Sa position est assez représentative de celle de nombreux Chinois qui ont étudié en Occident. «Beaucoup d’intellectuels chinois, y compris moi-même, en sommes arrivés à considérer Taiwan comme un modèle pour la restructuration socio-économique de la Chine. (…) La propriété privée et le marché libre sont les fondements de la liberté politique. (…) Des institutions capitalistes apportent prospérité et liberté; des institutions communistes, pauvreté et chaos. (…) Avec Taiwan comme exemple, les Chinois de la République populaire ont une plus grande chance que les citoyens des autres pays communistes de rejeter la doctrine marxiste et de réussir les réformes. C’est pour cette raison que Milton Friedman disait: «Je suis plus optimiste en ce qui concerne la Chine que l’Union soviétique. Les Chinois ont cette grande ressource des Chinois d’outre-mer. Le succès de ces Chinois à Hong-Kong, Singapour, Taiwan, a produit à l’intérieur de la Chine une incitation que les exemples de la Pologne, de la Hongrie, de la Yougoslavie ne peuvent pas produire en Union soviétique»». Suivant une enquête, réalisée par Shaomin Li parmi 607 étudiants chinois aux Etats-Unis, 90% d’entre eux se prononçaient pour la suppression de la référence au marxisme-léninisme et à la direction du Parti communiste dans la constitution, 86% affirmaient que la Chine devait s’inspirer de l’expérience de Taïwan, 60% étaient favorables à une économie libérale de type taiwanais (5).

Le développement d’une bourgeoisie en Chine

La politique, raisonnable, d’un développement limité d’un secteur capitaliste en Chine, a dérapé et a débouché sur un déferlement sauvage d’entreprises capitalistes. D’après les statistiques officielles, au cours de l’année 1988, 22% des investissements en biens immobiliers ont été réalisés dans le secteur privé pour un montant de 100 milliards de yuans, soit une augmentation de 25% par rapport à l’année précédente. La valeur de la production industrielle du secteur privé a connu une hausse de 46% au cours de cette année-là, la production des entreprises rurales, souvent très proches des entreprises privées, s’est accrue de 35% (6).
Le Far Eastern Economie Review estime qu’en 1988, 37% de la production industrielle a été réalisée par les secteurs de propriété privée et collective, pourcentage qui devrait passer à 50% en 1993 (7). L’hebdomadaire Business Week, pour sa part, saluait, au moment où se développait le mouvement de Beijing, «l’émergence d’une nouvelle Chine d’entrepreneurs prospères.(…) Les entreprises privées utilisent des moyens non autorisés pour réunir des fonds. (…) La Chine nouvelle est en train d’étouffer la Chine traditionnelle dans le domaine des capitaux» (8).
Les forces économiques derrière le «mouvement démocratique»
L’impérialisme et le capitalisme, bien présents en Chine dans le secteur économique, ont soutenu le mouvement soi-disant démocratique des étudiants et les «réformateurs» de l’entourage de Zhao Ziyang, dans le but de se créer une force politique légale. En mai 89, Business Week écrivait: «Beaucoup d’hommes d’affaires étrangers en Chine apportent leur soutien aux réformateurs dans l’idée qu’une plus grande liberté politique ne peut que renforcer, à long terme, le commerce» (9). Le quotidien britannique The Guardian précisait: «Il est intéressant de noter qu’un certain soutien aux points de vue pro-démocratiques vient des entrepreneurs nouveaux-riches» (10). Le Far Eastern Economie Review, notait, toujours à cette même époque de mai 1989: «Le monde des affaires de Hong-Kong sympathise avec les demandes des étudiants pour des réformes et pour plus de démocratie. Les magnats de Hong-Kong Li Kashing, Sir Y.K. Pao et Stanley Ho ont publiquement exprimé leur soutien. La pression pour une politique ouverte pourrait, selon certains, être très positive pour l’avenir du capitalisme en Chine» (11).

Politique: l’éloge de la démocratie bourgeoise

Le deuxième phénomène qui a marqué l’évolution de la Chine entre 1979 et 1989 se situe dans le domaine politique où l’on a assisté à l’émergence d’une nouvelle force politique contre-révolutionnaire.
Dès que la Chine a prôné le développement d’un secteur capitaliste et l’introduction des multinationales, on a vu apparaître, dans le domaine politique, les premières forces anti-socialistes. En 1979, Beijing a eu son «mur de la démocratie» où s’affichaient toutes sortes de tendances anticommunistes. Le 9 mars 1979, un journal mural célèbre annonçait: «Nous luttons pour que la Chine connaisse de véritables droits de l’homme et une vraie démocratie», déployant ainsi les bannières sous lesquelles les anticommunistes allaient marcher durant la décennie à venir. En effet, les mots «droits de l’homme’ et «démocratie» servent à couvrir la marchandise idéologique que l’impérialisme met en vente. Voici les points essentiels du programme que prônait ce même journal mural.

D’abord: «Nous préconisons l’étude de la culture et de la civilisation inspirée par l’esprit du Christ, nous proposons de prendre exemple sur les systèmes démocratiques fondés sur les enseignements du christianisme». Ensuite: «Nous réclamons l’abandon des notions périmées de la pensée Mao Zedong, la révision des principes du marxisme qui ne s’accordent plus avec la réalité et l’abolition de la lutte des classes». Troisièmement: «Nous demandons que le Parti communiste, qui était la propriété de Mao Zedong, redevienne le parti du peuple tout entier». Et finalement: «Nous appelons le Parti communiste chinois et le Kuomintang à collaborer à nouveau dans le cadre des nouvelles conditions historiques» (12).

Wei Jing-sheng, le petit Le Pen chinois

Wei Jing-sheng est l’homme qui, en 78-79, défendait avec le plus de vigueur les conceptions politiques de l’impérialisme. Il s’est taillé une certaine réputation auprès de la droite occidentale en affirmant que la Chine a besoin d’une cinquième modernisation: la démocratie. Ce que cache le mot «démocratie» devient clair dès qu’on se donne la peine de regarder le programme de Wei.
Voici ses thèses: «Les démocraties bourgeoises d’Occident permettent aux citoyens d’exprimer leur volonté grâce aux élections et de décider ainsi du futur de leur pays. (…) C’est pourquoi aucun politicien bourgeois ne peut ignorer les opinions de la population sur quelque sujet que ce soit. (…) La base économique sur laquelle reposent les gouvernements démocratiques est le système de la libre entreprise. (…)En Occident, les travailleurs ont même obtenu d’envoyer des délégués ouvriers dans les conseils d’administration et ils y occupent la moitié des sièges. (…) Dans la rivalité qui oppose le capital au travail, les travailleurs sont, en effet, en meilleure position dans un système où la majorité peut décider de la politique. (…) J’appelle tous ceux qui pensent ainsi, à se ranger derrière le drapeau de la démocratie. Le socialisme marxiste est, sans exception, un système social dictatorial antidémocratique. (…)Nous devons concentrer notre haine sur ce système criminel qui traite le peuple si scandaleusement» (13).

Les étudiants contre le socialisme

Ces idées contre-révolutionnaires, défendues en 1979 par Wei et un petit cercle d’amoureux de l’impérialisme, ont trouvé un écho grandissant parmi les intellectuels au cours des années suivantes. Les causes en sont multiples. Le Parti communiste a pratiquement cessé l’éducation marxiste-léniniste parmi les étudiants. Il n’a plus mené la lutte contre les conceptions politiques de l’impérialisme. Le libéralisme, la corruption et l’enrichissement illégal se sont répandus dans certaines fractions du Parti.
Lorsque, en 1985-1986, un mouvement étudiant se développa dans les grandes villes chinoises, «les émissions de la Voix de l’Amérique y jouèrent un rôle déterminant», comme le dira un journaliste américain expulsé de Chine pour activités d’espionnage (14). A l’occasion de ces premières actions étudiantes, le professeur Fang Lizhi déclara que la Chine devait abandonner le marxisme comme de vieilles fripes que l’on jette. Wang Ruowang exigea une «réévaluation complète du désastre créé par Mao Zedong». Liu Binyan dénonça «la dictature féodale-fasciste» du Parti communiste et affirma que le capitalisme était supérieur au socialisme (15). Ces idées trouvèrent un large écho dans la fraction des étudiants et des intellectuels qui prenait modèle sur l’élite intellectuelle des pays impérialistes et néo-coloniaux.
Au cours des années 1987 et 1988, ces éléments, nourris quotidiennement des émissions de la Voix de l’Amérique, purent largement répandre leurs idées dans les universités: le Parti n’y menait aucun travail politique digne de ce nom.
Au cours de l’année 1988, les noyaux contre-révolutionnaires préparèrent des actions de masse pour célébrer les trois anniversaires qui devaient émailler l’année suivante: le 70ème anniversaire du mouvement du 4 mai 1919, le 200ème anniversaire de la révolution française et le 40ème anniversaire de la révolution chinoise. Ainsi, le 6 janvier 1989, Fang Lizhi écrivit une lettre à Deng Xiaoping dans laquelle il mentionnait ces trois dates et demandait que ces événements soient célébrés par la libération de Wei Jing-sheng, indiquant ainsi clairement la plate-forme politique sur laquelle il comptait agir. En écho à Fang, 33 intellectuels reprirent dans une lettre ouverte la revendication de la libération de Wei. Parmi les signataires, Su Shaozhi, qui fut, jusqu’en 1987, directeur de l’Institut de marxisme-léninisme et de la pensée Mao Zedong. Début mars 1989, quarante-deux personnalités des milieux scientifiques et académiques, dont plusieurs membres de l’Assemblée populaire, signèrent à leur tour une lettre ouverte exigeant la libération de Wei. Cette vague de lettres, axée sur Wei et ses idées politiques, suscita beaucoup de discussions parmi les étudiants. C’est ainsi que fut entamée la préparation politique de la contestation d’avril-mai 89.

Le Parti au bord de la scission

Un troisième phénomène a été déterminant dans l’émergence du mouvement de Beijing: la division interne du Parti communiste chinois et l’émergence d’une aile révisionniste très influente.
Hu et Zhao, le duo révisionniste
Hu Yaobang, devenu secrétaire général du Parti en 1982, a été le représentant le plus marquant de ce courant. En 1981, son groupe a dénoncé «la théorie selon laquelle les classes et la lutte de classe existent pendant toute la période socialiste et que la bourgeoisie est a l’intérieur du Parti communiste» (16). Quatre années plus tard, Hu déclarait: «Nous avons pris la décision de ne plus utiliser à partir de maintenant l’expression d’élément anti-parti et anti-socialiste» (17). Par ces thèses, Hu assurait la tranquillité aux éléments pourris, aux bureaucrates, aux corrompus et aux révisionnistes. En 1988, Hu fut remplacé par un de ses complices dans la fraction révisionniste, Zhao Zhiyang.
Pour marquer la couleur, Beijing Information écrivait en 1988: «Khrouchtchev connaît un léger regain de popularité en Chine». Et: «Staline a été un dictateur et absolument pas un révolutionnaire». On se hâta de traduire en chinois la littérature antistalinienne, produite ces dernières années en URSS, dont Les mémoires de la maîtresse de Staline, oeuvre scientifique s’il en est. Quand certains se mettent à conspuer Staline, on a intérêt à tendre l’oreille au véritable message qu’ils veulent faire passer.

Ainsi, le professeur Lu Congming, de l’Ecole du Parti relevant du Comité Central, prétendait que «la nature de notre époque change au fur et à mesure du passage de l’étape impérialiste à celle du capitalisme social» (18). Et voilà le danger de l’impérialisme éliminé, aussi bien pour le tiers monde que pour la Chine! Et Lu de poursuivre: «Le capitalisme développé peut produire des éléments de socialisme et passer au socialisme d’un manière pacifique. (…) L’économie socialiste et l’économie capitaliste sont toutes deux des économies de marché socialisées. (…)Le capitalisme contemporain est un bon modèle de marché socialisé». Quand nous entendons des âneries pareilles, nous comprenons la fureur de Mao Zedong, qui, lors de la révolution culturelle, critiquait le «ramassis de révisionnistes contre-révolutionnaires» (19). Ce professeur Lu s’est ensuite lancé dans un panégyrique du capitalisme. «On y voit un changement de la propriété des moyens de production, la propriété sociale remplace la propriété privée. Par ailleurs, on assiste à la participation des ouvriers à la gestion de leur entreprise. Le macro-contrôle de l’Etat sur l’économie est en fait le début de l’économie planifiée. La nouvelle répartition des revenus par le gouvernement et le développement de la sécurité sociale contribuent à affaiblir la différence entre les riches et les pauvres». Ce révisionniste présente le capitalisme comme une société qui a déjà réalisé les promesses du socialisme; ensuite, il prône, pour la Chine, une politique capitaliste comme le meilleur moyen de développer le socialisme… Eton se rend compte de la parenté idéologique entre un monsieur Wei, toujours en prison, et un monsieur Lu, qui enseigne aux cadres supérieurs du Parti!

Mais la chose devient plus grave encore quand la même orientation politique est exprimée par Zhao Zhiyang qui affirme, en juillet 1988: «Le Parti communiste chinois va travailler de concert avec le Kuomintang de Chine pour la réunification dans les plus brefs délais. Les deux rives du détroit (c’est-à-dire la Chine et Taiwan) ont énormément de choses en commun du point de vue politique, économique, culturel et des traditions. Sur les deux rives, on souhaite la coopération, le développement conjoint de l’économie nationale, une amélioration du niveau de vie et une Chine prospère, puissante et moderne» (20). Cette conception de la convergence entre la Chine socialiste et Taiwan, le royaume des multinationales et du capitalisme sauvage, montre la justesse de la remarque de Milton Friedman: les grands capitalistes chinois de Taiwan, Hong-Kong et Singapour poussent le continent vers la restauration capitaliste.

L’affrontement au sein du Parti

Pour comprendre l’affrontement politique de mai-juin 1989 sur la place Tien An Men, il faut savoir qu’en janvier 1987, s’est déclenchée une première lutte importante au sein du Parti communiste chinois. Le mouvement étudiant de l’année 1986, directement inspiré et dirigé par Fang Lizhi, avait attaqué les bases mêmes du socialisme en Chine. Deng Xiaoping, qui, jusque là, avait fermement suivi le révisionniste Hu Yaobang, change alors d’optique. Le 28 septembre 1986, il déclare: «A Hong-Kong et à Taiwan, des courants d’opinion cherchent à lutter contre les quatre principes fondamentaux (le marxisme-léninisme et la pensée de Mao Zedong, la voie socialiste, la dictature populaire et la direction du Parti communiste) et à prôner la voie capitaliste pour donner l’impression que c’est de cette façon que nous parviendrons à la modernisation du pays. En fait, cette libéralisation revient simplement à nous conduire sur la voie capitaliste» (21). Le 19 janvier 1988, Po Yipo présente, au bureau politique, un rapport critiquant le travail de Hu Yaobang. «Hu Yaobang, y lisons-nous, a encouragé les éléments actifs qui prônaient la libéralisation bourgeoise et a adopté une attitude de compréhension et de protection à leur égard. Tout cela a directement conduit à ce qu’on nous demande de supprimer les quatre principes fondamentaux, à ce qu’on procède à une occidentalisation intégrale et à ce que l’on pratique un système politique et une économie capitalistes» (22).
La chute de Hu Yaobang affaiblit le noyau révisionniste à la tête du Parti. Cependant, Deng Xiaoping fait nommer un autre représentant de ce même courant, Zhao Zhiyang, comme nouveau secrétaire général.
Mais au cours de la lutte qui conduit à la chute de Hu, les positions de la gauche du Parti reçoivent un écho grandissant. Chen Yun déclare: «La source de la libéralisation bourgeoise se trouve dans le secteur économique. Une économie planifiée est socialiste, une économie marchande est capitaliste et promouvoir une économie marchande revient à promouvoir le capitalisme et c’est la cause fondamentale de la libéralisation» (23). En dénonçant la voie capitaliste, Chen Yun critique aussi la corruption qui l’accompagne: «Les dirigeants du Parti doivent donner l’exemple au peuple. Ils doivent être à la tête de la lutte pour éliminer la corruption de la classe capitaliste et les tendances malsaines qui en proviennent. Beaucoup d’entreprises sont dirigées par des parents proches de hauts cadres. Ils posent un problème très grave» (24).
En 1988, Zhao Zhiyang, le nouveau secrétaire général, continue de protéger les groupes révisionnistes mis en place par Hu Yaobang à la tête de certaines institutions du Parti et il leur permet même d’étendre leur influence. En 1986 déjà, le collaborateur le plus proche de Zhao, Bao Tong, avait autorisé la création à Beijing du Fonds pour la réforme et l’ouverture de la Chine, financé par Georges Soros, un grand homme d’affaires américain (25). L’entourage de Zhao Zhiyang défend le point de vue suivant, exprimé par des intellectuels chinois rentrés des Etats-Unis: «Nous croyons qu’un changement du système de la propriété d’Etat n’est pas seulement une nécessité historique, mais qu’il est aussi pratiquement réalisable. Notre plan est le suivant: organiser un programme global de privatisation du système de la propriété d’Etat» (26). En novembre 1988, Li Yining, professeur à l’université de Beijing et proche collaborateur de Zhao, renchérit: «Le but ultime est la création de marchés bien rodés, de type capitaliste, pour les marchandises, les finances, le travail et l’habitat» (27). Cette position est confirmée par un autre collaborateur de Zhao, Chen Yi-zi: «Zhao était convaincu qu une économie planifiée de type stalinien ne pouvait marcher en Chine et qu’il fallait une économie de marché» (28).
Un dernier point est intéressant à noter. Au moment des manifestations estudiantines, un journal de Hong-Kong écrit : «Zhao a demandé à une commission de préparer une proposition de réforme politique qui inclut des idées pour une concurrence multipartite et une presse indépendante» (29). Le multipartisme en Chine signifie avant tout la légalisation du Kuomintang, le parti fasciste au pouvoir à Taiwan. Quant à la presse «indépendante», elle dépendra complètement des milieux financiers de Taiwan, de Hong-Kong et des Etats-Unis. Mais avec son option pour le multipartisme, Zhao est acclamé à l’Ouest comme un démocrate. Et pourtant, c’est précisément le groupe de Zhao Zhiyang qui avait réclamé, fin 88-début 89, un «nouvel autoritarisme» pour mener à bien les réformes capitalistes. On rapporte que le 6 mars, Zhao lui-même aurait dit à Deng Xiaoping: «Un pays sous-développé qui veut se moderniser doit passer par un certain processus au cours duquel il a besoin de l’impulsion d’un gouvernement fort, autoritaire» (30). En clair: pour faire avaler la démocratie bourgeoise et la liberté du marché, il faut un gouvernement autoritaire capable de briser les résistances à la restauration capitaliste.

Fin décembre 1988, la lutte entre les révisionnistes et les marxistes-léninistes connaît une deuxième flambée. Un proche de Zhao Zhiyang réunit trois cents intellectuels à un séminaire au cours duquel des «réformateurs» célèbres du Parti communiste, tels Yan Jiaqi et Su Shaozhi, prennent la parole pour dénoncer les campagnes passées contre le libéralisme bourgeois. Les textes, défendant avec le plus de véhémence le capitalisme, sont publiés ultérieurement dans le World Economie Herald de Shangaï. Dans son éditorial, le journal précise: «Il faut courageusement tirer des leçons des formes démocratiques modernes qui ont été développées dans le capitalisme occidental» (31). Cette agitation droitière de la part des intellectuels réformateurs du Parti, influence directement les milieux étudiants de la capitale.
Chen Yun déclare à ce moment que «tout le front idéologique est occupé par la bourgeoisie, il ne reste plus rien de prolétarien». Wang Zhen et Po Yipo insistent à trois reprises auprès de Deng Xiaoping pour que Zhao Zhiyang soit remplacé au poste secrétaire général. Au mois de mars 1989, Li Sien-nien se rend chez Deng pour insister à son tour sur la nécessité de cette démission qui pourrait avoir lieu lors du quatrième plénum prévu pour les prochaines semaines (32). C’est au milieu de ces luttes à l’intérieur du Parti communiste que se déclenche, en avril, le mouvement étudiant.

Ce que voulaient réellement les étudiants de Beijing

Nos médias nous ont appris que les étudiants de Beijing manifestaient pour des revendications démocratiques et contre la corruption. Ils ne voulaient nullement renverser le régime socialiste. Pour preuve, ils chantaient même l’Internationale. Peut-il y avoir confirmation plus éclatante que, sous le socialisme, la démocratie est impossible? Une clique de gérontocrates tyranniques, se sentant dépassés, a écrasé dans un bain de sang, un mouvement fait de gentillesse et de naïveté.
Toute la droite, du PSC au Vlaams Blok, nous a présenté cette version. Les trotskistes ont déployé une activité fébrile, après la répression du mouvement pro-impérialiste, pour amener la gauche belge à soutenir «les étudiants». Ils ont soumis à des centaines de progressistes une pétition qui disait que les étudiants «exigeaient en fait une démocratisation du socialisme» et qui déclarait: « le prétexte que la contre-révolution dresse la tête est inacceptable» (33). Nous affirmons d’emblée qu’en agissant de la sorte, les trotskistes se sont comportés comme de véritables agents de l’impérialisme américain et du fascisme taiwanais. Le lecteur jugera si cette accusation est bien fondée ou non.

Une révolution contre le socialisme
Quel était le caractère et la nature du mouvement de Beijing?

Quelques heures après l’intervention de l’armée, le 4 juin 1989, Shaw Yuming, porte-parole du gouvernement de Taiwan, déclare: «Bien que certaines personnes croient que ce mouvement étudiant est seulement une lutte au sein du système et pas un mouvement révolutionnaire dirigé contre le Parti communiste, pas un mouvement en dehors du système, nous devons souligner ceci: si l’on examine bien les choses, nous voyons que leur slogan «la démocratie ou la mort» et l’érection de la statue de la «déesse de la liberté» sur la place Tien An Men, prouvent de façon évidente qu’ils luttent pour une démocratie de style occidental.» (34) Deux semaines plus tard, le porte-parole du gouvernement de Taiwan dit à un journaliste japonais: «Monsieur Yuan Mu, le porte-parole du gouvernement de Beijing, a affirmé que les manifestants cherchaient à renverser le régime socialiste. (…). Il disait la vérité. Certaines personnes, comme Fang Lizhi et d’autres intellectuels, sont parfaitement conscientes de ce qu’elles demandent. Mais beaucoup de personnes demandaient seulement quelques changements; ils ne connaissaient pas les implications logiques de ce qu’ils réclamaient. (…). Dans une révolution, il y a des chefs et il y a des suiveurs. Les chefs savent ce qu’ils veulent mais les suiveurs n’ont qu’une idée vague de ce qu’ils font. Beaucoup de personnes sur la place Tien An Men pensaient qu’ils demandaient seulement quelques changements, mais ils ne savaient pas qu’il s’agissait en fait d’une révolution pour sortir du système.» (35)

Ainsi donc, pour une fois, le Parti communiste chinois et le parti fasciste taiwanais sont d’accord sur un point, mais d’importance: le mouvement «démocratique» de Beijing avait bel et bien un caractère contre-révolutionnaire.

Le programme de Fang Lizhi

Pour juger si cette estimation est bien fondée, il nous importe d’examiner, en toute objectivité, quel était le programme politique avancé par le noyau dirigeant de la place Tien An Men.
Le mouvement, prévu originellement pour le 4 mai 1989, a été préparé pendant toute l’année 1988. Au début de l’année 89, Fang Lizhi, le père spirituel incontesté du mouvement, fait une tournée des capitales occidentales afin d’obtenir du soutien pour le mouvement imminent.
Dans Libération du 17 janvier 89, Fang Lizhi publie un article intitulé «La Chine a besoin de démocratie», mot d’ordre repris par après par le mouvement étudiant de Beijing. Dénigrant quarante années de construction socialiste, Fang Lizhi déclare: «La logique ne mène qu’à une conclusion: que les désillusions des 40 dernières années doivent être attribuées au système social lui-même (…). Le socialisme, dans sa mouture Lénine-Staline-Mao, a été tout à fait discrédité.» Partisan de l’in traduction des lois du capitalisme en Chine, il ajoute: «Est-ce qu’une économie libre peut être compatible avec la forme spécifiquement chinoise de gouvernement dictatorial? Un regard sur la Chine de 1988 prouve qu’en gros la réponse à cette question est non. D’abord la Chine diffère d’autres pays en ce que son système de dictature est incapable d’accepter une économie entièrement libre. Et ceci parce que la dictature socialiste est intimement liée à un système de «propriété collective» et son idéologie est fondamentalement antithétique du type de droits de propriété requis par une économie libre.»

Fang Lizhi poursuit en précisant qu’il comprend le mot d’ordre «liberté de presse» comme la liberté d’expression pour la classe montante des capitalistes chinois: «l’éditeur d’un journal de Canton a récemment écrit que la fonction de son journal est déparier, non au nom du PCC, mais au nom d’une classe moyenne émergente de Canton.»
Et pour conclure son article, Fang Lizhi précise la tactique à suivre, largement inspirée des expériences polonaise et hongroise: «La démocratie est plus qu’un slogan: elle exerce une pression qui lui est propre. Le but de cette pression est d’obliger les autorités, graduellement et à travers des moyens non violents, à accepter des changements vers la démocratie politique et l’économie libre.» (36)
Dès que le soi-disant mouvement pour la démocratie a été lancé à Beijing, ses différents porte-parole, lorsqu’ils traitaient des perspectives économiques et politiques de la Chine, n’ont fait que reprendre ces orientations.

Cette déclaration-programme de Fang Lizhi révèle toute sa portée lorsque l’on examine, parallèlement, la politique déclarée de Taiwan vis-à-vis du continent. Récemment, le Premier ministre taiwanais, M. Lee Huan, exposait, devant son gouvernement, la ligne de conduite. Selon M. Lee Huan, Taiwan «était seulement engagée dans une «offensive politique» sur le continent, car une offensive militaire exigerait des sacrifices trop grands et causerait trop de dommages.» (37) Et dans les documents de base du Kuomintang, on trouve les lignes directrices suivantes: «Poursuivre activement le travail idéologique sur le continent afin de contrer la stratégie du Parti communiste. Eliminer la dictature marxiste-léniniste sur le continent. Détruire le système à valeur unique du communisme chinois. Permettre la propriété privée de la terre et le développement de l’entreprise privée.» (38)

La Fédération pour la démocratie et le Kuomintang: les concordances

Trois mois après la répression du mouvement, ses principaux dirigeants se retrouvent à Paris pour y créer la Fédération pour la Démocratie en Chine. Elle élit à sa direction Yan Jiaqi, principal dirigeant des intellectuels de la place Tien An Men, un proche de Zhao Zhiyang, Wuer Kaixi, le principal dirigeant étudiant, et Wan Runnan, un des plus grands capitalistes privés de la République Populaire.
Le programme adopté par la Fédération ne se distingue en rien de celui poursuivi par le Kuomintang. La Fédération des «démocrates» dénonce le Parti communiste qui a créé «un système ou le totalitarisme stalinien se mêle au despotisme oriental». Il affirme que «la tolérance du peuple chinois envers la dictature du Parti communiste a atteint sa limite extrême». Ses objectifs principaux sont formulées ainsi: «développer l’économie d’initiative privée et mettre fin à la dictature d’un seul parti». (39)
Au moment où ce programme a été publié, le parallélisme entre la politique des fascistes taiwanais et les dirigeants du mouvement de Tien An Men aurait dû alarmer tous les progressistes et anti-impérialistes. Depuis lors, les options de ces deux groupes anticommunistes se sont encore rapprochées.
D’abord, le Kuomintang et la Fédération pour la Démocratie veulent tous deux renverser le Parti communiste, en prenant appui sur les forces de la grande bourgeoisie chinoise de Taiwan, des Etats-Unis, de Hong-Kong et de Singapour.
Devant un auditoire de San Fransisco, Shaw Yuming, directeur général de l’information du gouvernement taiwanais déclare: «Le gouvernement de la République de Chine (Taiwan) a suivi de près le mouvement étudiant depuis le début et il a étudié diverses contre-stratégies. Cependant, pour ne pas fournir aux communistes chinois un prétexte pour supprimer le mouvement, nous avons dû adopter une attitude extrêmement prudente (…). C’est notre espoir d’utiliser le modèle de développement de Taiwan comme base pour notre objectif: la réunification éventuelle de la Chine sous un système libre et démocratique. (…) Les Chinois du continent, de Taiwan, de Hong-Kong, de Macao, des Etats-Unis, du Canada, d’Europe et de la région Asie-Pacifique sont tous arrivés à un consensus après le massacre de Tien An Men, en vue notamment de mettre fin à la tyrannie des communistes chinois.» (40)

Cette orientation politique taiwanaise, est reprise pratiquement mot à mot par le porte-parole des intellectuels du mouvement de Beijing, Yan Jiaqi. Le 28 juillet 1989, à l’occasion de la première session du Congrès des Etudiants Chinois aux Etats-Unis, à Chicago, il déclare: «Des contributions doivent venir des Chinois d’outre-mer. Les communistes chinois peuvent contrôler le peuple avec des chars, mais ils ne peuvent pas supprimer l’entreprise privée en dehors de la Chine. La démocratie dépend de l’expansion économique. Le fait que Taiwan ait un gouvernement démocratique sous la direction de la République de Chine nous est le bienvenu. Il n’est pas tellement important que la Chine soit aujourd’hui divisée entre forces socialistes et capitalistes, mais il est important que les unes sont dictatoriales et les autres démocratiques. Pour nous, quiconque s’aligne sur une dictature est notre ennemi et quiconque s’oppose à la dictature est notre ami. Le peuple de Taiwan tient haut le drapeau démocratique. Cela, me semble-t-il, est la base fondamentale pour la réunification de Taiwan et de la Chine continentale. » (41)

Deuxième concordance: le Kuomintang et la Fédération pour la Démocratie dénigrent tous deux l’expérience socialiste de la Chine depuis la libération en 1949. A la question du journaliste: «Les Chinois idéalisent beaucoup les premières années du communisme, êtes-vous d’accord?» Yan Jiaqi répond: «Pas du tout! Le début des années 50 est l’époque où le PCC installait les bases de son pouvoir, où il pourchassait les partisans du Kuomintang de Tchang Kaichek, dépossédait les capitalistes sans le faire au grand jour et, dans les campagnes, donnait les terres aux paysans en expropriant les propriétaires fonciers. C’est l’époque où le PCC entamait sa première campagne contre les intellectuels et tous les gens qui pensaient différemment.» (42) Son argumentation est calquée sur les thèses des fascistes du Kuomintang qui prétendent que, dès son arrivée au pouvoir, le Parti communiste a suivi une politique «criminelle».

Troisième concordance: tout le discours du Kuomintang, comme celui de la Fédération pour la Démocratie, est axé sur une idée centrale: l’entreprise privée, le capitalisme sauvage.

Le secrétaire général de la Fédération pour la Démocratie en Chine n’est autre que le millionnaire Wan Runnan, ex-pdg de la société d’équipements électroniques Stone, l’une des plus importantes entreprises privées de Chine. Elle faisait des bénéfices de l’ordre de 50 millions de dollars par an. En février 1990, Wan Runnan livre ses impressions à la revue «Bulletin de Sinologie», éditée à Hong-Kong. La revue rapporte l’entrevue comme suit: «Wan Runnan pense que la dictature du parti unique constitue un frein pour le développement économique. Il préconise l’instauration en économie d’un système de propriété privée, en politique d’un système pluraliste.» (43) Devant la City University de New-York, Wan Runnan déclare: «Une solution simple aux problèmes de la Chine consiste à privatiser la propriété, rendant ainsi possible l’émergence d’une classe moyenne.» (44) Yan Jiaqi confirme cette option en précisant qu’une économie socialiste est la base du totalitarisme, idée chère à Fang Lizhi. «Tant que la Chine n’adopte pas un système de droit de propriété en économie, elle est condamnée au totalitarisme et au contrôle de la pensée.» (45)

Les pèlerins pour Taiwan

Récemment, une stratégie en quatre phases a été exposée par la Fédération pour la Démocratie en Chine par la voix de son président, Yan Jiaqi. Première phase: la chute de Li Peng. Deuxième phase: révision du jugement sur la nature du mouvement de Beijing. Troisième phase: retour des dissidents, révision de la constitution dans le sens d’un système pluraliste comme celui de la Pologne, de la Hongrie et de l’Union soviétique. Quatrième phase: établissement d’un système fédéral et élections multipartites avec le Parti communiste, le Kuomintang et l’Alliance démocratique. (46) Là au moins, le but est clairement affiché: le retour du vieux parti fasciste et l’arrivée d’un nouveau parti créé aux Etats-Unis par des agents chinois de la CIA.
Lorsque nous avons affirmé, quelques mois après la répression du mouvement pro-impérialiste de Beijing, que celui-ci était effectivement dirigé par des contre-révolutionnaires et qu’il visait à établir le régime de Taiwan en Chine, les trotskistes ont joué à l’indignation. Mandel a eu le culot d’écrire: «La victoire des étudiants aurait renforcé la base du socialisme en Chine. Leur écrasement dans le sang par une clique de despotes militaires, a porté un coup rude au socialisme.» (47) Or, nous n’avons pas dû attendre une année, avant de voir tous les protagonistes du mouvement soi-disant démocratique jeter le masque et se montrer ouvertement comme des agents de Taiwan et des Etats-Unis. Et du coup, on voit clairement de quelles forces monsieur Mandel se fait l’avocat.
Yan Jiaqi, le penseur du mouvement «démocratique», est allé à Taiwan, le 8 mai 1990, pour y déclarer. «Pour la démocratisation de la Chine continentale, l’expérience de Taiwan a une grande valeur de référence.» (48)
Le deuxième héros de la place Tien An Men était Wuer Kaixi. Le 29 janvier, il a demandé un entretien avec John Chang, le directeur du département des Affaires chinoise du Kuomintang, c’est-à-dire le chef de l’espionnage taiwanais en République Populaire. Notre démocrate a déclaré au fasciste: «La communication entre les Chinois anticommunistes est le premier pas vers l’unité.» (49)

Su Hsiao-kang, le célèbre écrivain, l’auteur du script du téléfilm «Eloge de la Rivière», est arrivé à Taiwan, début janvier, en compagnie de quatre autres écrivains, militants de la place Tien An Men. Il y a dénoncé «le totalitarisme du type stalinien imposé par Mao Zedong». Selon la presse taiwanaise, «il a critiqué Taiwan d’être «un peu trop mou» dans sa réponse au mouvement démocratique sur le continent». Toujours selon la presse du Kuomintang: «Su disait que certains membres de la Fédération pour la Démocratie en Chine croient que «l’action sanglante et la guerre civile sont inévitables dans le combat pour la démocratie.» » (50)
Yueh Wu, dirigeant du Syndicat Ouvrier Indépendant de Beijing, très bien côté chez nos trotskistes, est arrivé le 16 janvier à Taiwan, à l’invitation de la…World Anti-Communist League! (51)

Au mois de janvier, tous les dirigeants de la Fédération, conduits par le secrétaire général Wan Runnan, ainsi que cinquante étudiants et écrivains du mouvement de Tien An Men, ont été invités à Taiwan. Un cadre du Kuomintang déclarait: «C’est maintenant un secret public que tous les groupes importants du mouvement démocratique reçoivent la majeure partie de leurs fonds de Taiwan.» (52)

Ces informations peuvent donner des frissons à tous ceux qui ont cru, à un moment ou un autre, que les étudiants de Tien An Men étaient des jeunes naïfs, politiquement vierges. Or, les preuves sont là: pour toute la direction de ce mouvement, la «liberté», c’est la liberté de l’entreprise capitaliste et de l’exploitation, la «démocratie» et le multipartisme, c’est le retour du parti fasciste du Kuomintang et de ses escadrons de la mort sur le continent chinois. La grande campagne anticommuniste qu’Amnesty International a lancée en mai 1990 avait pour thème: «L’année passée, le printemps plein d’espoir fleurissait en Chine». (53) C’est un mot d’ordre clairement politique qui reprend la version répandue par les stratèges de l’impérialisme: le mouvement pour la démocratie était un printemps plein d’espoir. Or, si Amnesty International veut faire de la politique (et elle le fait avec un grand raffinement), elle ne peut pas empêcher un débat ouvert dans ses rangs sur l’analyse de ce mouvement. Et une analyse objective mène à une conclusion incontestable: ce mouvement visait au rétablissement de la domination néo-coloniale sur la Chine et à la renaissance de la domination fasciste du Kuomintang. Et c’est cette orientation que défend Amnesty International – Belgique, sous prétexte de «ne pas faire de politique».

Leur «pacifisme» était un mensonge: en voici les preuves

Hu Yaobang meurt le 15 avril 1989. La droite parmi les étudiants de Beijing en profite pour exiger que la tendance de Hu, dont l’orientation libérale et pro-impérialiste est bien connue, ait la direction absolue du Parti et que les derniers représentants de la ligne marxiste-léniniste soient éliminés. La première exigence de cette droite est la réévaluation des mérites de Hu Yaobang, critiqué en 1987, et la réhabilitation politique de tous ses partisans exclus du Parti, dont le principal est Fang Lizhi, le célèbre zélateur de l’impérialisme américain et du régime de Taïwan. Le 24 avril, ce noyau étudiant annonce la formation d’un Comité préparatoire pour la Fédération Nationale des Etudiants et son soutien tapageur à Solidarnosc indique son intention de constituer un centre politique légal capable de rallier toutes les forces anticommunistes. (54)
En réplique, le Bureau politique du Parti communiste dénonce le 26 avril, «une conspiration organisée» et «une agitation qui vise à rejeter la direction du Parti communiste et le système socialiste».
Le 2 mai, le noyau des étudiants soumet une pétition au Parti dans laquelle il affirme répondre à l’offre de dialogue faite par le gouvernement. Quand on y regarde de près, on constate que ces gens ne cherchent nullement le dialogue, mais l’affrontement et que leur but ultime est effectivement le renversement du Parti communiste. Dans le premier point, ils exigent «l’égalité absolue» des deux parties, les étudiants et les autorités nationales, avec la présence des plus hauts responsables du Parti et de l’Etat. Les étudiants doivent être représentés par la Fédération autonome des Etudiants, ce qui implique la reconnaissance officielle des organisations antisocialistes. Le noyau exige en plus que le dialogue soit intégralement transmis par la TV, facilitant ainsi l’implantation de l’organisation anticommuniste dans le pays tout entier. (55)
Saisissant parfaitement le sens politique de cette tactique, une revue du gouvernement américain déclare: «Si cette demande avait été accordée, les étudiants auraient obtenu la légalisation de la première organisation politique complètement indépendante de l’histoire de la République Populaire et la négation de fait des quatre principes fondamentaux de Deng Xiaoping.» (56)
Zhao Zhiyang rejoint la contre-révolution
Un premier grand tournant dans les événements se produit le 4 mai, avec le discours de Zhao Zhiyang, à son retour de Pyongyang. Devant les membres de la Banque asiatique du Développement, Zhao présente une évaluation positive du mouvement étudiant en cours et désavoue ceux qui considèrent que ce mouvement est dirigé par des forces antisocialistes.
Une revue du gouvernement américain a fait, par après, l’analyse suivante de l’intervention de Zhao: «Malgré la dimension énorme des manifestations, elles ne constituaient pas encore une rébellion populaire. Elles ne le sont devenues qu’au moment où les manifestants ont vu qu ils avaient la sympathie clairement affichée d’une aile du Parti et de l’appareil gouvernemental et qu’ils aidaient cette fraction dans son combat contre les conservateurs. Ce processus a commencé après le discours du 4 mai de Zhao.» (57)
Beaucoup de membres du Parti communiste sont désorientés devant ces deux appréciations complètement contradictoires du mouvement étudiant, toutes deux provenant de la direction du Parti. Zhao donne immédiatement des instructions à tous les médias pour qu’ils soutiennent le mouvement en cours. Grâce aux médias, le mouvement étudiant se transforme en mouvement populaire. Après la déclaration de la loi martiale, le 20 mai, et ceci jusqu’au 25 mai, la presse, la radio et la TV appellent la population à s’opposer à l’entrée de l’armée à Beijing. (58)
C’est à ce moment aussi que, dans la confusion politique générale, des forces de gauche authentiques, des gens qui critiquent les réformes de Deng Xiaoping à partir des positions de Mao Zedong et de Zhou Enlai, s’engagent dans le mouvement. Dès lors, les manifestants poursuivent des buts diamétralement opposés, certains voulant en retourner aux principes socialistes des années de Mao, d’autres espérant pousser les réformes jusqu’à l’introduction de l’économie de marché. Ces derniers ont gardé à tout moment la direction politique du mouvement dans son ensemble.

La droite à l’assaut du pouvoir

Le 17 mai déjà, Yan Jiaqi, un des principaux dirigeants du mouvement et proche collaborateur de Zhao, publie le Manifeste du 17 Mai. Il y apporte son soutien à Zhao Zhiyang contre «l’empereur» Deng Xiaoping et contre «le gouvernement sous le contrôle absolu d’un dictateur». Yan écrit: «A bas l’éditorial du 26 avril! A bas la dictature! Vive l’esprit d’opposition à la tyrannie!» Son manifeste est publié le lendemain par la presse de Taïwan. (59) Dès ce jour, le noyau dirigeant du mouvement vise ouvertement l’élimination de la gauche marxiste du gouvernement.
On lit dans une déclaration de la direction à Tien An Men, le 21 mai: Nous ne sommes pas le «genre de personnes à chercher un compromis avec un gouvernement qui traite ce mouvement patriotique de façon erronée». Si le gouvernement ne s’en va pas, alors «les troubles ne connaîtront jamais de fin». (60) Ce même 21 mai, Yan Jiaqi exige dans une déclaration le renversement du premier ministre Li Peng, du président de la République Yang Shangkung et de l’autorité militaire supérieure, Deng Xiaoping. Yan réclame leur expulsion du Parti et leur mise en accusation devant le tribunal. (61)
Mais fin mai 1989, la grande majorité du comité central du Parti se rallie à Deng Xiaoping et Li Peng contre la fraction procapitaliste de Zhao Zhiyang. (62)
Le 1 juin, le quartier général des étudiants à Tien An Men exige la fin de la loi martiale et le retrait des troupes. Annonçant la violence à venir, il affirme: «Si ces revendications ne sont pas acceptées, les étudiants sont préparés à sacrifier leur vie.» (63)

Le mouvement est clairement en perte de vitesse. Mais le noyau dur ne pense nullement à céder. Au contraire, des actions de désespoir se préparent. Les étudiants décident de continuer à occuper la place Tien An Men jusqu’à la session de l’Assemblée nationale du 20 juin. C’est-à-dire qu’ils comptent maintenir, indéfiniment, au coeur même de la capitale, une agitation qui dure depuis six semaines. Une nouvelle flambée de protestations est toujours possible à Beijing. Des troubles se manifestent déjà dans les provinces. Une revue du gouvernement américain, qui constate le déclin du mouvement, écrit: «En raison du flot de soutien financier en provenance du secteur privé chinois et des sympathisants d’outre-mer et du renfort par des recrues arrivant dans la capitale, il était difficile d’amener le mouvement à se dissoudre lui-même. » (64)
Après une campagne d’information de deux semaines, au cours de laquelle les autorités n’ont pas essayé d’appliquer la loi martiale, elles décident de faire dégager la place par l’armée et les forces de l’ordre. Le 2 juin, elles envoient des soldats sans armes pour amener les étudiants à partir. Ce n’est nullement une «provocation», comme le dit la presse anticommuniste. L’envoi de soldats sans armes correspond parfaitement à la phase du déclin du mouvement et à la volonté du Parti de mettre fin aux désordres sans violence, politique pratiquée avec constance depuis déjà six semaines et absolument inconcevable dans n’importe quel pays impérialiste. Ce 2 juin, les soldats sans armes ont été attaqués, battus et faits prisonniers par des étudiants et des éléments déclassés.

Ils ont préparé systématiquement la violence

S’il est incontestable que la grande majorité des étudiants ne voulaient pas de la violence, il est tout aussi clair que la direction du mouvement a, dès le début et de façon méthodique, préparé les esprits à l’affrontement et à la violence.

Le 21 avril 1989 déjà, un appel à la grève est affiché à l’université de Beida. «Nous voulons faire progresser la démocratie par la sincérité de notre sacrifice, peu importe la répression, nous escaladerons des montagnes de lames tranchantes, nous plongerons dans des océans de feu!» (65) C’est un langage qui crie le sang.

Un autre journal mural du 23 avril reprend textuellement la propagande de Taiwan: «La démocratie et la liberté. C’est le but de notre grève. La lutte est inévitable, il faut l’accepter sans crainte. Il y aura des victimes; mais le sacrifice en vaut la peine. La douleur qui naît de l’esclavage, peut-on l’accepter? Nous naissons libres, eux, ils veulent faire de nous des esclaves.» (66) C’est une tactique mise au point depuis longtemps par la CIA pour la lutte dans les pays socialistes: éviter aussi longtemps que possible l’affrontement direct avec les organes de la dictature du prolétariat; gagner une large influence parmi les masses hésitantes en proclamant sa volonté de pacifisme; préparer psychologiquement l’affrontement inévitable, puis, finalement faire ressortir que les autorités ont déclenché l’agression et que les manifestants se trouvaient en état de légitime défense.
[…]……

Source: Plus dans http://www.marxisme.fr/download/EM_numero_12_1991.pdf

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