Tunis: notre entretien avec la Directrice des Transports Publics Afifa M’barek. (FR/ ESP)


Note : Quelques données – le pays se classe 4ème en matière d’égalité de genre dans la région MENA  selon la Banque Mondiale ( 2020) . Les femmes tunisiennes ont un taux d’alphabétisation de 72 %, représentent 42 % des étudiants du supérieur et occupent 36 % des sièges parlementaires.  Mais si les femmes représentent 67 % des diplômés du supérieur, elles ne représentent que 24,6 % de la population occupée. Le chômage touche deux fois plus les femmes (22,5 % ) que les hommes (12,4 %) et cette disparité est encore plus exacerbée dans les régions de l’intérieur du pays (Gabès, Kasserine, Jendouba, Kébili, Gafsa et Tataouine) où le taux de chômage féminin atteint une moyenne de 35 %. 

Ces données ne tiennent pas compte de la situation économique du pays dans la division internationale du travail et son insertion dans le capitalisme des monopoles généralisés, un pays périphérique, et semi colonial. 

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1- Vous êtes directrice d’une grande entreprise de transport public (un secteur très majoritairement masculin) ,  aussi une  militante de gauche . Quel est votre analyse de la situation politique et économique tunisienne aujourd’hui et vers quel model souhaiteriez-vous que la Tunisie se dirige ?

Je suis directrice dans une société des transports et avant le soulèvement du 14 Janvier 2011 , il  y avait même des femmes  conductrices de bus depuis les années 70 , mais depuis la montée des islamistes au pouvoir les agressions envers la femme ont augmenté, ces femmes chauffeures ont été menacées par des barbues à l’intérieur des bus pendant qu’elles conduisaient  et elles ont fini par rejoindre l’administration.

 Bien que le statut de la femme tunisienne soit avant- gardiste, relativement aux pays arabo-musulmans, et en dépit des mesures règlementaires en faveur de la femme rien n’est définitivement acquis.

Nous avons vécu une décennie noire sous le règne des islamistes et leurs alliés ; les assassinats politiques, la banalisation du terrorisme, la violence physique et verbale dans le siège du parlement entre la droite islamiste et les dérivés de l’ancien régime notamment Abir Moussi chef du parti destourien libre.

Mais derrière ce cirque, les conventions économiques ont été signées soit avec Qatar touchant même la souveraineté du pays ainsi qu’avec la France et la Grande Bretagne qui ont vu leurs conventions d’exploitation des mines de sel et de gaz se renouveler aux mêmes conditions.

L’endettement qui était de l’ordre de 40% du PIB a atteint les 100% en 2020, le pays continue à se soumettre aux conditions de la FMI visant à affaiblir le rôle de l’état dans les secteurs vitaux.

Parallèlement, les islamistes se sont infiltrés dans l’administration de l’Etat notamment au ministère de l’Intérieur et de la justice où ils accaparent tous les postes clés.

Ils ont instauré leurs propres institutions, les banques islamiques, les crèches, écoles et lycées islamiques privés ,  les associations caritatives et coraniques  dans tous les quartiers. Les islamistes libérés de prison ont été recrutés dans les entreprises publiques en surcharge. 

En outre le chômage au sein des jeunes qui ont mené la révolte a augmenté.

L’idéologie féodale rétrograde puisant ses origines des rapports de production dominés par les grands propriétaires terriens  a vu son essor , les jeunes filles dans les milieux ruraux abandonnent  de plus en plus l’école à défaut de sécurité sur le trajet .

Puis vint la crise sanitaire déclenchée par le Covid qui a fait plus de 18 000 morts endeuillant le pays et le mettant au bord de la déprime.

C’est ainsi que le peuple a réalisé que la révolte du 14 janvier a été usurpée par des partis rétrogrades et l’on voit surgir le mouvement populaire du 25 Juillet  2021 .

Les couches populaires ont manifesté en milliers dans toutes les villes de la Tunisie proclamant la dissolution du parlement et la réalisation des objectifs de la révolution » l’emploi, la liberté et la dignité. « 

Les manifestants ont mis le feux dans la plupart des locaux du parti islamiste Ennahdha . C’est alors que Kais Saied a répondu à l’appel du peuple en se basant sur l’article 80 de la constitution en vigueur la nuit du 25 juillet ;le parlement a été gelé et le chef du gouvernement limogé et c’etait la fête dans toutes les villes malgré le couvre feu.

Maintenant nous vivons une transition fragile. Bien que saluée par le peuple.

Les partis de droite, malgré qu’ils aient perdu leur masse populaire, ont toujours l’appui des médias étrangers et des médias privés locaux et des   forces impérialistes qui s’en servent.

Nous voulons un nouveau mode économique qui permet le développement des forces de travail et l’accumulation des richesses à l’échelle nationale. Commençons par développer l’agriculture pour atteindre la souveraineté alimentaire, c’est ainsi qu’on peut réaliser un vrai essor économique. Arrêtons de nous soumettre aux recommandations de la banque mondiale et du F.M.I.

2)  Le Président Kais Saied a été critiqué par des organisations de droit de l’Homme tunisiennes comme Human Rights Watch pour avoir exprimé son opposition à l’égalité entre les sexes en matière d’héritage.

N’était-ce pas une revendication du féminisme proprement bourgeois et libéral face à des urgences plus concrètes comme le chômage, la pauvreté et le manque d’accès à des services publics comme l’eau ou l’école dans les régions les plus reculées ? (voir cet article ( https://www.hrw.org/fr/news/2022/09/01/le-president-saied-tourne-en-derision-les-droits-economiques-et-sociaux-des) – Qu’en pensez-vous ?

Je suis évidemment pour l’égalité de l’héritage, Mais voyons d’abord s’il s’agit bien d’une revendication populaire ? Au fait les couches populaires n’ont pas grand-chose à hériter ne serait-ce que des dettes à rembourser, d’autre part les tunisiens hommes et femmes ne sont pas assez armés idéologiquement pour  affronter les règles islamistes  même pour ceux qui prétendent être progressistes vis à vis de la femme . Nous avons vraiment besoin d’une révolution culturelle.

Je crois que les revendications prioritaires de la femme agricole sont essentiellement   L’adhésion aux caisses sociales   pour bénéficier des soins gratuits et de  la retraite,  Elles revendiquent également  leurs droits au transport  , elles se déplacent  entassées sur  des camions  souvent debout sur la remorque   dans des conditions où elles frôlent la mort ( 22 femmes mortes entre 2015/2019). Pour les femmes d’une manière générale les droits à l’éducation aux soins hôpitaux gratuits et aux transports publics sont de priorités absolues.

       Dans son discours le président exprime toujours son empathie et son engagement envers les droits des femmes ouvrières et rurales notamment le droit à l’eau, aux transports etc… Nous attendons la concrétisation de ces objectifs annoncés.  Notons qu’en Novembre 2022 le Ministère de la femme a procédé à la fermeture de 644 crèches et jardins d’enfants ouverts illégalement à l’époque des islamistes «Ennahdha». En revanche 30 Jardins d’enfants publics ont été ouverts. De même 21 établissements scolaires ont été construits cette année dans les régions de l’intérieur du pays où les élèves étaient contraints de faire des kilomètres à pied pour accéder aux écoles ou lycées. 

3)   Le salariat féminin et la lutte anti impérialiste contre les agressions militaires et économiques permanentes de UE-USA- l’ENTITE SIONISTE (Palestine, Syrie, Irak, Lybie, Ukraine, Venezuela, Cuba.,…)-: quelles ont  été les positions des principales organisations « féministes » en Tunisie ?

L’activité des organisations féministes tunisiennes demeure cloisonnée dans le cercle restreint de la petite bourgeoisie. La plupart des réunions sont organisées dans des hôtels souvent sous financement de l’union européenne. L’enracinement des organisations féminines au sein des classes populaires défavorisées reste un objectif à réaliser.

       Cette année la 3ème conférence internationale « des femmes de base » a été organisée en Tunisie  du  5 au 9 septembre 2022 en présence de 36 pays .La Tunisie a été représentée par 3 associations.  Les présentes ont exprimé la nécessité d’unir les mouvements de femmes pour combattre la colonisation et l’exploitation capitaliste. Elles ont exprimé leurs soutiens aux femmes palestiniennes qui luttent pour survivre à  la colonisation  atroce  israélienne, créée par la déclaration de Balfour depuis 74 ans et soutenue par les U.S.A. « Ils ont instauré la colonisation puis ils ont détruit l’Iraq et la Syrie pour exploiter les richesses du Moyen-Orient » a déclaré Mariem Abou Dhakha membre au Front Populaire palestinien.

    Elles ont également appelé à la sécurité des femmes au Cameroun et au Congo, massacrées par les  gangs armées à la conquête de lithium , du cobalt et des richesses naturelles au profit  des multinationales impérialistes. Un soutien particulier a été apporté aux femmes afghanes, Kurdes et celles du Sahara occidental. Je me rappelle aussi que les organisations féministes tunisiennes ont manifeste en 2011 pour le soutien de l’Iraq en 1991.  

Tunis, le 15/09/2022

Bureau d’information Alba Granada north Africa

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ESPANOL

Algunos datos : el país ocupa el cuarto lugar en términos de igualdad de género en la región MENA según el Banco Mundial (2020). Las mujeres tunecinas tienen una tasa de alfabetización del 72 %, representan el 42 % de los estudiantes de educación superior y ocupan el 36 % de los escaños parlamentarios. Pero si las mujeres representan el 67% de los graduados de educación superior, representan solo el 24,6% de la población activa. El desempleo afecta al doble de mujeres (22,5 %) que los hombres (12,4 %) y esta disparidad se agudiza aún más en las regiones del interior del país (Gabès, Kasserine, Jendouba, Kébili, Gafsa y Tataouine) donde la tasa de desempleo femenino promedia 35 %

Estos datos no tienen en cuenta la situación económica del país en la división internacional del trabajo y su inserción en el capitalismo de monopolios generalizados, un país periférico y semi colonial. 

1-      Es directora de una gran empresa de transporte público (un sector muy predominantemente masculino), también militante de izquierda. ¿Cuál es su análisis de la situación política y económica en Túnez hoy y hacia qué modelo le gustaría que se dirigiera Túnez?

Soy directora en una empresa de transporte y antes del levantamiento del 14 de enero de 2011 había incluso mujeres conductoras de autobús desde la década de 1970, pero desde el ascenso de los islamistas al poder han aumentado las agresiones a las mujeres, estas mujeres conductoras eran amenazadas dentro de los buses mientras conducían y terminaron incorporándose a la administración.

Aunque el estatus de la mujer tunecina es vanguardista, en comparación con los países arabo-musulmanes, y a pesar de las medidas reglamentarias a favor de la mujer, nada es definitivamente seguro.

Hemos vivido una década negra bajo el poder de los islamistas y sus aliados

; asesinatos políticos, banalización del terrorismo, violencia física y verbal en la sede del parlamento entre la derecha islamista y derivados del antiguo régimen, en particular Abir Moussi, líder del Partido Destour Libre.

Pero detrás de este circo se han firmado acuerdos económicos tanto con Qatar, afectando incluso a la soberanía del país, como con Francia y Gran Bretaña, que han visto renovados sus acuerdos para la explotación de minas de sal y gas en las mismas condiciones. .

La deuda, que rondaba el 40% del PIB, llegó al 100% en 2020, el país sigue sometiéndose a las condiciones del FMI encaminadas a debilitar el papel del Estado en sectores vitales.

Al mismo tiempo, los islamistas se han infiltrado en la administración del Estado, en particular en el Ministerio del Interior y de Justicia, donde acaparan todos los puestos clave.

Han establecido sus propias instituciones, bancos islámicos, guarderías, escuelas y colegios privados islámicos, asociaciones benéficas y coránicas en todos los barrios. Los islamistas liberados de prisión fueron reclutados en empresas públicas sobrecargadas.

Además ha aumentado el desempleo entre los jóvenes que lideraron la revuelta.

La ideología feudal retrógrada que tiene su origen en las relaciones de producción dominadas por los grandes terratenientes ha visto su auge, las jóvenes de las zonas rurales abandonan cada vez más la escuela por falta de seguridad en el camino.

Luego vino la crisis sanitaria desencadenada por el Covid que acabó con la vida de más de 18.000 personas, enlutando al país y poniéndolo al borde de la depresión.

Así se dio cuenta el pueblo que la revuelta del 14 de enero fue usurpada por partidos retrógrados y vemos surgir el movimiento popular del 25 de julio de 2021.

Las capas populares se manifestaron por miles en todas las ciudades de Túnez proclamando la disolución del Parlamento y la consecución de los objetivos de la revolución “empleo, libertad y dignidad”.

Los manifestantes incendiaron la mayor parte de los locales del partido islamista Ennahdha. Fue entonces cuando Kais Saied atendió el llamado del pueblo con base en el artículo 80 de la Constitución vigente la noche del 25 de julio, se congeló el parlamento y se destituyó al jefe de gobierno y así fue la fiesta en todas las ciudades a pesar del toque de queda.

Ahora estamos viviendo una transición frágil. Aunque bien recibido por la gente.

Los partidos de derecha, a pesar de haber perdido su masa popular, aún cuentan con el apoyo de los medios de comunicación extranjeros y privados locales y las fuerzas imperialistas que los utilizan.

Queremos un nuevo modo económico que permita el desarrollo de la fuerza de trabajo y la acumulación de riqueza a escala nacional. Comencemos por desarrollar la agricultura para lograr la soberanía alimentaria, así es como podemos lograr un crecimiento económico real. Dejemos de someternos a las recomendaciones del Banco Mundial y del FMI

2) El presidente Kais Saied ha sido criticado por organizaciones tunecinas de derechos humanos como Human Rights Watch por expresar su oposición a la igualdad de género en la herencia.

¿No es esto un reclamo del feminismo propiamente burgués y liberal frente a emergencias más concretas como el desempleo, la pobreza y la falta de acceso a servicios públicos como el agua o la escuela en las regiones más remotas? (ver este artículo ( https://www.hrw.org/en/news/2022/09/01/president-saied-turns-in-derision-the-economic-and-social-rights- ) – ¿Qué piensa usted ?

Obviamente estoy a favor de la herencia equitativa, pero primero veamos si esta es una demanda popular. De hecho, las clases trabajadoras no tienen mucho que heredar, incluso tienen solo deudas que pagar, y por otro lado, los hombres y mujeres tunecinos no están lo suficientemente equipados ideológicamente para enfrentar las reglas islamistas, incluso para aquellos que dicen ser progresistas con las mujeres. Realmente necesitamos una revolución cultural.

Creo que los reclamos prioritarios de las mujeres agrícolas son esencialmente la afiliación a fondos sociales para beneficiarse de atención y jubilación gratuitas, también reclaman sus derechos de transporte, se mueven amontonadas en camiones, muchas veces paradas en el remolque en condiciones en las que casi mueren. (22 mujeres fallecieron entre 2015/2019). Para las mujeres en general, los derechos a la educación, la atención hospitalaria gratuita y el transporte público son prioridades absolutas.

En su discurso, el presidente siempre expresa su empatía y su compromiso con los derechos de las mujeres trabajadoras y rurales, en particular el derecho al agua, al transporte, etc. Estamos a la espera de la concreción de estos objetivos anunciados. Cabe señalar que en noviembre de 2022 el Ministerio de la Mujer cerró 644 guarderías y jardines de infancia abiertos ilegalmente en la época de los islamistas “Ennahdha”, por otro lado, se abrieron 30 jardines de infancia públicos. De manera similar, este año se construyeron 21 escuelas en las regiones del interior del país, donde los estudiantes se vieron obligados a caminar kilómetros para llegar a las escuelas o escuelas secundarias.

3)   Las trabajadoras y la lucha antiimperialista contra las permanentes agresiones militares y económicas de la UE-EE.UU. – la ENTIDAD SIONISTA (Palestina, Siria, Irak, Libia, Ucrania, Venezuela, Cuba, etc.) -: cuáles fueron las posiciones de las principales organizaciones «feministas» en Túnez?

La actividad de las organizaciones feministas tunecinas permanece compartimentada dentro del círculo restringido de la pequeña burguesía. La mayoría de las reuniones se organizan en hoteles, a menudo con financiación de la Unión Europea. El arraigo de las organizaciones de mujeres dentro de las clases trabajadoras desfavorecidas sigue siendo un objetivo que alcanzar.

Este año se organizó la 3ª conferencia internacional «mujeres de base» en Túnez del 5 al 9 de septiembre de 2022 en presencia de 36 países. Túnez estuvo representada por 3 asociaciones. Los presentes expresaron la necesidad de unir los movimientos de mujeres para luchar contra la colonización y la explotación capitalista. Expresaron su apoyo a las mujeres palestinas que luchan por sobrevivir a la atroz colonización israelí, creada por la declaración Balfour desde hace 74 años y apoyada por Estados Unidos “Establecieron la colonización y luego destruyeron Irak y Siria para explotar las riquezas de Medio Oriente. ”, declaró Mariem Abou Dhakha, miembro del Frente Popular Palestino.

También llamaron a la seguridad de las mujeres en Camerún y Congo, masacradas por bandas armadas para conquistar el litio, el cobalto y los recursos naturales en beneficio de las multinacionales imperialistas. Se prestó especial apoyo a las mujeres afganas, kurdas y del Sáhara Occidental. También recuerdo que las organizaciones feministas tunecinas se manifestaron en 2011 en apoyo a Irak en 1991.

Tunez, 15/09/2022

Bureau d’information Alba Granada north Africa

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