L’assassinat du révolutionnaire africain Thomas Sankara le 15 Octobre 1987 et la France.


L’OMBRE DE LA FRANCE DERRIÈRE L’ASSASSINAT DE THOMAS SANKARA

Quel rôle a joué la France dans l’assassinat de Thomas Sankara depuis le coup d’état du 15 octobre 1987 de Blaise Compaoré au cours duquel le père de la révolution burkinabé a été éliminé avec 12 de ses proches?  La question ne cessent de hanter les relations entre la France et ses anciennes colonies couvé par les dirigeants français comme par le président ivoirien Félix Houphouët Boigny.

Compaoré est finalement renversé par une insurrection populaire à l’automne 2014.  Exfiltré par les forces spéciales françaises, ils se réfugient à Abidjan où Alassane Ouattara lui octroie aussitôt la nationalité ivoirienne.

La Côte d’Ivoire n’ayant pas d’accord d’extradition avec le Burkina Faso, Compaoré reste intouchable pour la justice burkinabé qui a relancé l’enquête sur l’assassinat de Sankara en 2015.

Malgré cet obstacle, les autorités burkinabés décident en avril 2021 de renvoyer Compaoré devant un tribunal militaire pour complicité d’assassinat et atteintes à la sûreté de l’état.  Il est poursuivi aux côtés de son ex chef d’état-major particulier Gilbert Diendéré, détenu au Burkina Faso pour une tentative de putsch en 2015 et de 12 anciens militaires soupçonnés d’être impliqués dans la mort de Sankara.

Dans les investigations judiciaires mené par Ouagadougou, dont les conclusions ont été révélées en janvier 2021 par Hervé d’Afrique dans le bimensuel burkinabè « courrier confidentiel » pointe le rôle de la France à 2 niveaux avant et après l’assassinat : 1- premier point, Paris semblait parfaitement au courant d’une élimination programmée de Sankara dont les positions agaçaient au plus haut point le président Mitterrand et son Premier ministre Jacques Chirac.  2- deuxième élément compromettant après l’assassinat, la France aurait envoyé sur place une équipe d’agents secret afin de détruire les écoutes téléphoniques impliquant Blaise Compaoré et son commando.

LE COMPTE À REBOURS EST ENCLENCHÉ

Entendue par la justice burkinabé en juillet 2018 l’ancien porteur de valises de billet de Jacques Chirac devenu sarkozyste, Robert Bourgi, assurent qu’il a tenté de mettre en garde le président burkinabé à l’époque de la première cohabitation » monsieur Foccart me savait très proche du président Sankara affirme-t-il , ce que je vais vous dire aujourd’hui n’est connu de personne monsieur Foccart m’a dit ceci : « Robert il serait bon que vous alliez à Ouaga afin de mettre en garde le président Sankara dont vous êtes l’ami d’après ce que je sais il pourrait lui arriver des désagréments » et Bourgi ajoute qu’il appelle dans la foulée Blaise Compaoré pour lui annoncer son arrivée!.

Une fois sur place, face à Sankara surpris, disant vouloir éclaircir tout cela Robert Bourgi lui aurait rétorqué : » Thomas le message vient de monsieur Foccart il n’a pas l’habitude comme tu le sais de dire n’importe quoi soit donc prudent »

Et il précise sur procès-verbal que Foccart avait des informations provenant de la DGSE sur cette menace imminente. Grande fut ma peine après l’assassinat de Sankara ajoute l’ex émissaire de Foccart avant de conclure faussement naïf » l’assassinat doit avoir été bien préparé et soutenu, ça ne peut pas être un acte isolé je ne sais pas qui a préparé et soutenu ces assassinats ».

Si le récit de Bourgi doit être pris avec prudence temps le personnage aime reconstituer les faits à son avantage il a tout de même le mérite de restituer une certaine ambiance.

Car la mise en garde de Bourgi ressemble fort en réalité à un avertissement comme le suggère le témoignage d’un autre familier des coulisses de la Françafrique Guy Delbrel directeur des relations extérieures avec l’Afrique d’Air France.

Celui-ci raconte sur procès-verbal les confidences du journaliste travaillant à l’époque pour Libération Elio Comarin aujourd’hui décédé bouleversée après une discussion qu’il a eu avec le Premier ministre français.

J’ai noté avec précision les propos d’Elio entendu quelques heures auparavant de la bouche de Jacques Chirac , celui-ci mécontent du vote du Burkina Faso aux nations unies en faveur de l’autonomie et  autodétermination du peuple calédonien réunit quelques journalistes à qui il dit : « dites à votre petit capitaine qu’il commence à compter ses abattis le compte à rebours est enclenché » témoigne Guy Delbrel abasourdi par la scène rapportée par Elio Comarin.

UNE ÉQUIPE FRANÇAISE  EFFACE LES TRACES

Il n’y a pas que Jacques Chirac qui se fait menaçant c’est aussi le cas de Félix Houphouët-Boigny si l’on en croit plusieurs membres de son entourage interrogé par l’humanité en avril 2021 son conseiller à l’époque Robert Dulas raconte que le président ivoirien avez compris qu’il était préférable de pencher du côté de la force.

Je me souviens d’une conversation dans son bureau avec Omar Bongo au bout du fil et Houphouët-Boigny lui disait : » le petit Sankara il n’a pas compris, Fidel Castro il a les Russes derrière lui mais le petit il n’aura que les jeunes pour l’accompagner. Ce n’est pas suffisant il n’a pas encore assis son pouvoir qu’il s’attaque déjà au blanc ».

Autrement dit, Sankara va trop loin d’autant que les tentatives de corruption de l’homme qui en 1984 à rebaptisé la Haute Volta » le pays des hommes intègres » Burkina Faso se solde par un échec.

Convaincu que Blaise Compaoré a obtenu un feu vert d’Abidjan voire de Paris pour assassiner Thomas Sankara, Guy Delbrel dit avoir tenté d’alerter Sankara à l’époque.

Mais ce dernier semble sceptique sur la volonté réelle de Compaoré de passer à l’acte en répondant à Delbrel : » le jour ou la révolution fera couler le sang nous aurons perdu ».

« Nous  avions infiltré l’opposition burkinabé qui était en Côte d’Ivoire et financé par le président Houphouët-Boigny » témoigne pourtant un agent du renseignement burkinabè dans la procédure judiciaire, « il nous est revenu de façon formelle et précise que le président Houphouët-Boigny a dit à cette opposition d’arrêter son plan de déstabilisation parce que Blaise aller se charger d’éliminer Sankara ».

INFLEXIBLE SANKARA DEVAIT DONC DISPARAÎTRE TOUT COMME LES TRACES DE SON ASSASSINAT.

D’anciens agents burkinabé affirme ainsi sur procès-verbal que des espions français seraient intervenus pour effacer les traces d’écoutes téléphoniques compromettantes pour Blaise Compaoré et l’un de ses proches le commandant en chef de la gendarmerie nationale Jean-Pierre Palm.

« Nous avons pris les écoutes concernant Blaise Compaoré et Jean-Pierre Palm que nous nous sommes partagés avant de procéder à leur destruction explique ainsi un témoin Jean-Pierre palme en personne est venu dans notre service accompagné de français ».

« il a récupéré toutes nos bandes d’enregistrements et toutes nos archives y compris une table d’écoute portative qui l’a emporté avec lui.

La table d’écoute téléphonique principale elle-même a été désactivée puisqu’elle ne pouvait pas être emporté elle était bien fixée et scellée. »

Devant les enquêteurs burkinabés Jean-Pierre Palm lui-même confirme la présence de militaires de la DGSE française à Ouagadougou au lendemain du 15 octobre 1987 indique encore la procédure judiciaire burkinabé.

Peu loquace, l’ancien bras droit de Compaoré, se contente d’expliquer qu’il s’agissait d’une mission française destinée à faire le point des matériels des forces armées. Jean-Pierre Palm reconnaît que les espions français sont venus rencontrer afin d’accéder aux transmissions mais il se dit incapable de préciser s’ils ont pris ou emporter quelque chose.

La présence sur place d’espions français immédiatement après l’assassinat de Sankara soulève des questions.

Nous savons que des agents de la DGSE française se sont rendus à la gendarmerie après le 15 octobre et on travaillait avec les putschistes affirme encore un ancien commandant de gendarmerie burkinabé est-ce une indication de leur implication ? de leur collusion? je le crois ».

UN BARIL QUI SENT LE SOUFRE

Si Jean-Pierre Palm ne livre aucun nom l’un de ses anciens collaborateurs n’a pas cette prudence dès le lendemain de l’assassinat le 16 octobre 1987, « Jean-Pierre palm est venu accompagné d’un blanc qui serait un technicien, plus un autre qui serait un capitaine français dénommé Baril », dit il sur procès-verbal en orthographiant ce nom avec un seul R.

Un des 2 blancs a suggéré à Jean-Pierre palme d’arrêter le chef de service de la technique opérationnelle chargées des écoutes car il était très dangereux.

Ce dernier confirme avoir été arrêté à l’époque par des blancs probablement des Français sans donner d’indication sur leur identité.

Même s’il n’est corroboré par aucun autre élément dans la procédure ce baril sonne comme un coup de tonnerre.

Il évoque immanquablement le nom du capitaine Paul Barril ancien membre de la cellule antiterroriste de l’Élysée reconverti dans la sécurité et la protection des dictatures proche orientale ou africaine, l’homme a joué un rôle actif auprès des extrémistes Hutu durant le génocide des Tutsis au Rwanda.

Mais il semble peu probable qu’il livre ses explications dans l’assassinat de Sankara : en décembre 2020 une expertise d’un neurologue dans le dossier rwandais indiquait que sa maladie de Parkinson était parvenue à son niveau le plus élevé ce qui ne lui permet plus de soutenir ni audition ni confrontation.

La vérité jaillira-t-elle des archives françaises? rien n’est moins sûr. En novembre 2017 lors de sa venue à Ouagadougou pour son premier déplacement en Afrique le président Macron s’était engagé à fournir tous les documents produits par des administrations françaises pendant le régime de Sankara et après son assassinat qui sont toujours couverts par le secret de défense nationale.

Or la plupart des documents fournis jusqu’ici par Paris à la justice burkinabé sont des documents diplomatiques sans grand intérêt. En avril 2021 des archives portant sur la coopération de la police et de la gendarmerie française au Burkina Faso ont été transmises à Ouagadougou.

( Article extrait de « l’empire qui ne veut pas mourir- Une histoire de la FranceAfrique »)

Benoît Collombat

voir aussi : https://www.tap.info.tn/fr/Portail-Monde/14564251-burkina-faso

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